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On parle de GeT chez IEW

 
9 juillet 2011
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Un article de Céline Tellier

Un vent d’optimisme souffle depuis un an et demi sur le territoire de Grez-Doiceau, commune rurale du Brabant wallon riche de 12 000 âmes. Quelques habitants dynamiques se sont en effet rassemblés pour former le collectif « Grez en Transition » (GeT pour les intimes) et préparer leur territoire aux changements profonds qui viendront dans les prochaines décennies.


Crises économique, énergétique, sociale, écologique et climatique viennent nous rappeler chaque jour qu’il est temps d’inventer de nouvelles façons de vivre ensemble et de penser l’avenir, tant du point de vue des rapports qu’entretiennent les habitants avec leur territoire que de ceux des citoyens entre eux. Grez en Transition initie ainsi, dans une optique citoyenne et participative, une transition vers une société du « mieux » et non du « plus », dans un refus du catastrophisme ambiant.

« Refusant la peur paralysante tant médiatisée et confiants dans les ressources de chacun des citoyens, nous sommes convaincus que les solutions sont en nous et que nous pouvons développer, découvrir et redécouvrir des outils pour changer nos modes de vie » [1]. L’ambition est énorme : atteindre une autonomie globale dans tous les domaines vitaux. Le chemin pour y arriver est précis : simplifier et relocaliser. Réduire nos besoins et les resituer dans un environnement proche, à mille lieues des systèmes mondialisés. Mais aussi s’appuyer sur les ressources collectives de la population et du territoire et favoriser les liens intergénérationnels. Tels sont les grands chantiers de Grez en Transition pour les trois années à venir.

Des ressources locales à valoriser

Onze villages [2] peuplent la commune de Grez-Doiceau et ses 56 km². Si elle conserve ses caractéristiques rurales (58% des terres sont consacrées à l’agriculture, et 20% sont des zones boisées), la commune doit faire face à une augmentation importante de sa population depuis trois décennies, dans un processus de périurbanisation bruxelloise qui pousse vers le haut les prix immobiliers et fait pression sur le territoire, au détriment de la mixité sociale. A contrario, la préservation du caractère rural du territoire et le niveau d’éducation relativement élevé de la population grézienne sont deux atouts majeurs de la commune dans sa démarche de transition. Un terreau sociologique important mais pas indispensable, précise Eric Luyckx, l’un des membres fondateurs de Grez en Transition [3]. « L’important, c’est de vouloir faire quelque chose », indique-t-il. Souhaiter s’engager dans un changement sociétal, voilà le principal moteur de Grez en Transition et la condition nécessaire au maintien d’une mobilisation suffisante.

Des savoir-faire variés et polyvalents

Mobilisation qui s’avère réussie, puisque les activités de Grez en Transition attirent chaque fois davantage de monde. Il faut dire qu’elles ont le mérite d’être variées et régulières. Ainsi, en moins d’un an et demi, GeT a organisé des projections de films sur les initiatives de transition, le lancement d’un système d’échanges local (SEL), l’inventaire des ressources diverses existant localement, un atelier « forêt comestible » avec cueillette et cuisine de plantes sauvages, la plantation collective de plantes mellifères au bord des chemins (« attentats botaniques »), l’installation d’une « bibliothèque livre-libre » (« attentat poétique »), un atelier de conservation des aliments, un atelier intergénérationnel de stylisme, etc.

En outre, le collectif dynamise aussi des initiatives parallèles, comme le retour d’un cinéma local (Cinégrez) ou la création d’un atelier littéraire (Le goût des lettres). De quoi occuper le groupe de pilotage qui planche déjà sur des nouveaux projets. Dans les cartons : le lancement d’un GASAP (Groupe d’Achat Solidaire de l’Agriculture Paysanne) et la création de « GeT its » (pour « investissements de transition solidaires »). L’idée, encore en germe, est de mettre sur pied un comité au triple champ d’action : une cartographie des besoins en matière de production et de consommation sur le territoire communal ; une banque solidaire proposant monnaie locale, crédits d’investissement et crédits à la consommation ; et un incubateur de projets d’économie sociale. « C’est à partir du moment où un premier emploi sera créé par la dynamique de transition que les gens vont se dire ’’c’est vrai, ça existe », commente Éric Luyckx.

Ces activités ont toutes un point commun : elles se présentent comme des pistes d’action concrètes pour transiter vers un autre mode de vie. « Nous ne sommes pas partis des problèmes, mais des solutions », pointe Eric Luyckx. « Notre intérêt pour la dynamique de transition n’est pas focalisée sur les constats, mais bien sur la méthodologie d’animation et de transformation de la société. En général, les collectifs actifs en matière environnementale passent beaucoup de temps à améliorer la compréhension, par le public, de processus complexes tels que les changements climatiques ou le pic pétrolier. Ce qui nous intéresse ici, c’est la mise en mouvement, l’action ! ». Une méthodologie active qui a le mérite d’éviter les crispations sur des débats trop complexes et de faire travailler l’intelligence collective.

La force du collectif

Car c’est bien au niveau collectif que tout se joue. Imaginer la société de demain, réfléchir aux moyens d’y arriver, partager des savoirs et des savoir-faire, convaincre et garder confiance, construire des ressources nouvelles, valoriser l’existant... tout transite, à un moment ou à un autre, par le groupe, la « communauté », le collectif. L’échelle n’est pas ici celle des petites gestes quotidiens individuels (micro), ni celle des grands débats internationaux sur l’avenir de la planète (macro), mais bien celle du social proche, du « méso », de l’« inter », du relationnel, du relié, bref du réseau. Car, et c’est là l’une des caractéristiques fondamentales du mouvement des villes et villages en transition, « l’enjeu est avant tout de mettre en lien des initiatives existantes plutôt que de créer une énième association », de valoriser les ressources collectives et de les dynamiser.

Dans ce cadre, le contact avec les associations locales (plus de 200 !) est primordial, et c’est à cela que s’attelle, depuis quelques semaines, Grez en Transition. Des liens se tissent également avec les communes voisines de Chaumont-Gistoux et de Beauvechain, qui cogitent elles aussi sur la transition, afin de mettre en place une plate-forme trimestrielle supra-communale pour les projets qui le nécessitent. « Cette idée nous est venue du contact avec d’autres initiatives de transition, à l’échelle belge ou internationale. Nous étions curieux de savoir comment s’organisait la transition dans des villes comme Gand, Anvers ou Barcelone. La collaboration avec les communes de Beauvechain et de Chaumont-Gistoux nous permet en outre de mener des projets plus larges ou de constituer un collectif suffisant pour organiser une grande conférence, par exemple ». Si la coopération avec les autres initiatives de transition est intéressante à plus d’un titre, le territoire de référence, déjà très vaste, reste communal, sa correspondance avec les frontières administratives pouvant d’ailleurs s’avérer intéressante au moment d’interpeller le personnel politique.

Et le politique dans tout ça ?

Car il s’agit bien là d’un objectif à moyen terme : interpeller le politique. « Pour l’instant, nous mélangeons les premiers points de la méthode de transition élaborée par Rob Hopkins [4] : sensibilisation, réseau et formation. Nous avons aussi entamé la mise en lien des associations. Notre objectif est d’organiser ensuite une sorte de ’’grand chambardement’’ festif, créatif, ouvert et de mettre sur pied des groupes de travail qui auront pour objectif d’élaborer des recommandations au personnel politique », précise Éric Luyckx. Si le caractère apolitique du collectif est une dimension fondamentale de Grez en Transition, laissant ouverte une pluralité de modes d’actions possibles, cela ne l’empêche pas d’avoir une réelle ambition prospective pour la cité. C’est d’ailleurs ce manque de vision à long terme qui handicaperait la classe politique locale, davantage gestionnaire que visionnaire. Les outils classiques de l’action publique à plus long terme que constituent par exemple le Plan Communal de Développement Rural (PCDR) ou le Plan Communal de Développement de la Nature (PCDN) sont eux-mêmes trop peu avancés pour constituer de réels moyens d’action : « Ces outils se projettent à dix ou quinze ans, et ne sont qu’au stade de la collecte d’avis. On est encore loin de l’action ! ». Pourtant, Eric Luyckx se dit ne pas être un déçu de l’action politique : « Au contraire, j’y crois beaucoup. Nous avons d’ailleurs pas mal cherché du côté de l’Agenda 21 et avons insisté pour la mise en place d’un tel dispositif après les élections communales de 2006, ce qui a été inscrit dans l’accord de majorité. Mais les intérêts contradictoires au sein du Collège communal risquent de ralentir beaucoup les choses. Il nous fallait un outil plus simple, plus flexible, et surtout qui tienne compte de façon plus fondamentale des citoyens : le concept des Villes en transition nous parait être ce bel outil ».

Alors, les citoyens peuvent-ils changer le(ur) monde sans passer par le politique ? « Oui, j’en suis sûr, et c’est ce qui va sauver la démocratie », assure Éric Luyckx. « Les situations de crise révèlent les rapports de force au sein d’une société. Il nous faut dès maintenant mettre en place les conditions pour éviter que les outils démocratiques ne s’affaiblissent, pour qu’ensemble, nous sachions comment nous en sortir. Ces processus prennent du temps, il nous faut y penser dès aujourd’hui ». Il ajoute : « On est dans l’expérimentation, personne n’a la vérité sur ce qu’il va se passer. C’est pourquoi nous devons rester ouverts et, pourquoi pas, tester différentes initiatives (habitat groupé, monnaies locales, auto-construction, etc.) au niveau régional ou fédéral pour faire émerger les outils bienvenus plus tard. Nous avons un réel besoin de prospective en Belgique ».

Grez en Transition nous invite ainsi à préparer l’avenir sous un angle joyeux, résolument positif, en prenant à bras le corps les changements que nous aurons à traverser, d’une façon ou d’une autre, dans nos modes de vie. Optimiste quant au potentiel de qualité de vie dont nous pourrons bénéficier si la transformation est volontaire, le mouvement de Villes et villages en transition met du sens sur les modifications déjà à l’œuvre dans nos sociétés occidentales et nous invite à entrer pleinement dans cette phase de « métamorphose ». Cette métamorphose qui, selon François Plassard [5], est « une invention de la Vie qui laisse s’effondrer, comme par inversion de son processus immunitaire, les formes de vie et de reconnaissance inadaptées à leur environnement, pour réveiller des ’’logiciels dormants’’ qui vont puiser dans l’énergie d’effondrement, l’énergie nécessaire à la mise en place d’un ’’méta système’’ plus adapté à l’évolution de la vie. »


En savoir plus :

www.grezentransition.be

Article paru dans La lettre des CCATM n°61 du 29 avril 2011 que vous pouvez télécharger en cliquant ici !

[2Archennes, Biez, Bossut, Cocrou, Doiceau, Gastuche, Gottechain, Grez, Hèze, Nethen, Pécrot

[3Propos recueillis lors de deux entretiens, d’une durée totale de quatre heures, en date des 24 et 25 février 2011

[4Voir la fiche technique écrite par Hélène Ancion en fin de cette lettre

[5Auteur de « Crise écologique et crise sociale : Titanic ou métamorphose » et « Pour une métamorphose de la société »

 
 
 

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