fr
Accueil > Les ateliers > Des jardins pour la vie > Visites de jardins > Echos de notre visite à "Plukrijp"
 

Echos de notre visite à "Plukrijp"

 
-
2 novembre 2011
-----
Danielle Blancke
Visite du jardin de Plukrijp, un jardin et un projet de vie dans l’esprit de la permaculture.

Le "jardin" de Frank et Martine Ruymen, Trommelstraat 24, 2223 Schriek

Voici décrits, en quelques lignes, les points forts de notre visite à Plukrijp. Vous y découvrirez autant l’esprit qui anime ce projet dont l’humain est le point central que quelques idées, méthodes, conseils pour mettre en place un jardin naturel et extrêmement productif.

Côté jardin :

JPEG - 422.8 ko
l’abondance, une réalité à Plukrijp

Ce que nous pouvons retenir, c’est que l’abondance, l’exubérance sont possibles, même sous nos latitudes ! Que ce soit en plein air ou sous serre, c’est un système hautement productif, et durable que Frank et son équipe ont réussi à mettre en place.
Voici quelques astuces, qui illustrent bien les principes de permaculture.

* Les haies
Les parcelles de cultures sont entourées de haies de saules, sureaux, framboisiers... Ces haies sont essentielles pour protéger les parcelles de culture des vents. Elles apportent également quantité de feuilles mortes qui se déposent sur le sol, décomposent et forment de l’humus. Elles permettent aussi de réguler l’eau, fournissent des perches pour les plantes grimpantes tels les haricots à rame, de l’osier pour la vannerie...

* La culture en buttes

JPEG - 569.5 ko
la culture en butte

Les cultures se font sur buttes : des buttes d’environ 80 cm de large alternent avec des chemins d’environ 60 cm de large. La terre superficielle des chemins, riche en matière organique, a servi à constituer les buttes. La richesse de départ de la terre permet de maintenir les buttes en place une dizaine d’années sans plus y toucher.

Les buttes sont couvertes de bâches tissées, en nylon noir, percées de trous tous les 25 cm environ et dans lesquels sont plantés ou semés des légumes. Ces bâches sont perméables à l’eau et à l’air.
Elles aident à limiter la concurrence entre les plants/semis et toutes les inévitables autres plantes qui apparaissent spontanément sur un terrain cultivé et tenteraient de prendre le dessus.

JPEG - 537.3 ko
culture en buttes-cultures associées

Les cultures s’enchaînent au fil des saisons, ne laissant jamais la parcelle vide et plusieurs plantes sont toujours plantées ou semées ensemble dans un même trou, en associations. Par exemple, des bulbes ou de jeunes plants sont plantés dans les trous. Autour de ceux-ci sont semés des mélanges de graines dont les plants apparaissent successivement, colonisent des espaces différents, que ce soit en surface ou dans le sol. C’est cet équilibre entre plantes différentes, cette succession permanente, cette occupation continuelle du sol qui garantissent la productivité et l’équilibre du système.

Les chemins ne servent pas seulement au passage entre les cultures. Ils sont très utiles pour évacuer les eaux excédentaires (Plukrijp s’est installé sur d’anciennes terres marécageuses), et aussi pour effectuer d’autres cultures. Les déchets de cultures (« mauvaises herbes », plants excédentaires... y sont déposés, ainsi que de la paille... Progressivement, ces chemins s’enrichissent en matières organiques et tous les 10 ans environ, la terre des chemins est remise sur les buttes.

Quelques exemples de cultures dans les buttes :

Sur les buttes, de l’ail est planté et, par la suite, un mélange de semences est ajouté (1 variété qui couvre bien le sol, 1 variété qui démarre plus tardivement), ou de l’oignon avec des épinards et de la salade de blé, ou encore des épinards puis des carottes et du blé...

Dans les chemins, d’autres cultures sont mises en place, parfois envahissantes:choux, pommes de terre, salade de blé.

Dans la mesure du possible, les semis spontanés sont privilégiés : brocolis, laitues, bettes, arroche. Le travail consistera alors non pas à semer, mais à retirer les jeunes plantes en surplus. Elles peuvent alors soit être repiquées ailleurs, soit données aux membres de l’asbl, soit rejoindre le compost.

La première année, lorsque l’on démarre les buttes, la terre n’étant pas encore assez « tassée », stabilisée, seule une culture de légumineuses est possible !

Afin d’éviter les dégâts par les pigeons, certaines buttes sont couvertes d’un tunnel de grillage (comme une serre dont les vitres seraient remplacées par des grillages).

JPEG - 586.6 ko
le tunnell grillagé

On y trouve notamment : salade + ail ; épinards puis carottes, jusqu’à la mi-octobre ; bettes...

* La culture de céréales

Les céréales sont semées selon la technique du semis direct, tous les 50 cm dans le trèfle blanc (préalablement fauché ?).
Le trèfle blanc est un excellent couvre sol et engrais naturel. En effet, ses tiges s’étendent sur le sol et assurent une bonne couverture. Comme chez toutes les légumineuses, des bactéries fixatrices d’azote vivent en symbiose avec les racines sur lesquelles elles forment des nodules. Elles prélèvent et fixent l’azote présent dans l’air et le rendent ainsi disponible pour la plante. En échange, la plante fournit des sucres... D’après Frank, un sol peut redémarrer après un an de culture de trèfle et de céréale sur la parcelle.

* Un sol vivant, choyé et préservé, pour des plantes en bonne santé

Le secret de toute cette productivité, c’est le sol. Un sol vivant et en bonne santé contient tout ce qu’il faut pour nourrir la plante. La matière organique présente est continuellement recyclée par les organismes du sol qui garantissent le bon fonctionnement de tout le système. Les particules minérales du sol s’assemblent avec l’humus, les bactéries et forment une structure à l’aspect de couscous. Celui-ci est perméable à l’eau et à l’air, ne se compacte pas sous l’effet des pluies… Il est aussi le réservoir de nourriture pour les plantes. A l’exception des légumes racines qui sont récoltés pour la racine, les autres légumes sont récoltés en laissant les racines en terre. Toute la matière organique n’est donc pas extraite. Celle-ci, en se décomposant aère le sol en laissant des galeries ouvertes, perméables à l’air et à l’eau. Le sol est vivant et c’est la vie du sol qui maintient sa fertilité. Pour ne pas déranger cette vie, il est important de limiter ses interventions sur le sol. A Plukrijp, cela fait 25 ans qu’on intervient quasi plus sur le sol.

* Et pour démarrer ?

Pour préparer le terrain, Frank couvre le sol de bâches pendant une durée assez importante allant au minimum de l’automne au printemps suivant, ce qui élimine la végétation sauvage tout en laissant la matière organique sur place. Celle-ci est digérée par la vie du sol.
Une première culture de trèfle blanc est alors mise en place, pour enrichir et structurer le sol. Il faut savoir qu’au démarrage, lorsque l’on met les buttes en place, la terre n’est pas encore assez « tassée », équilibrée et que seule une culture de légumineuses est possible.
Celle-ci est coupée à ras pour faire place à une culture de courges.
Ensuite est venu le moment de réaliser les buttes et de placer les bâches pour une culture permanente de légumes qui se succéderont dans le temps, au fil des saisons et puis des années.

* Les serres

La mise en place de micro-climats particuliers permet de diversifier les cultures, d’augmenter la production...
La culture sous serre (serres froides) en est un exemple, car elle permet de prolonger la durée des cultures. Mises en place il y a environ 25 ans, elle se poursuit depuis sans aucune intervention majeure (à l’exception du remplacement de la feuille de plastique qui couvre la serre).
On y trouve : céleri, brocoli, oignons, fraises, roquette, mâche, épinard, moutarde, pourpier d’hiver...
Le principe de culture est le même que celui appliqué pour les buttes extérieures.
Il n’y a pas toujours de bâche nylon.
La couverture du sol par les cultures est permanente. La matière organique y est importante et l’activité biologique intense, d’où une température suffisante et relativement stable pour permettre des cultures très tardives et très précoces.

JPEG - 81 ko
culture en serre

La serre est arrosée deux fois par an, en inondant complètement les chemins sur toute leur profondeur (20-30 cm).

* Le tas chaud

Dans la serre, un micro-climat est mis en place pour permettre la culture de plantes qui demandent plus de chaleur comme la stévia. Il s’agit d’un tas constitué pour la 1/2 de broyât et la 1/2 de fumier de cheval et fortement arrosé d’eau.

JPEG - 501 ko
culture de stévia sur tas chaud

* Les "indésirables"

A Plukrijp, on ne craint pas les limaces, qui s’attaquent en priorité aux plantes en mauvaises santé et assurent ainsi un nettoyage sanitaire du potager. Les poules qui circulent autour des parcelles de culture limitent également leur nombre.

JPEG - 565.9 ko
les tunnels de poules

Des chats sont présents sur le domaine pour contrôler mulots et campagnols.

* Les outils utilisés

Peu d’outils sont nécessaires car le travail du sol est minimal et superficiel. L’objectif est de préserver, voire de favoriser la vie du sol. L’activité intense des organismes du sol dégage de la chaleur nécessaire aux cultures de fin et de début de saison.

- La binette à rouleau permet d’aérer le sol en surface et d’éliminer les « mauvaises herbes ». Elle existe en différentes largeurs. Les plus larges pour préparer le terrain aux plus étroites (x cm) pour passer entre les lignes de culture.

JPEG - 85.8 ko
essai de la binette à rouleau

- Le cultivateur

JPEG - 572.4 ko
le cultivateur

- La fourche bêche

* Des poules qui travaillent dans le système et fournissent un compost de première qualité

Le système de culture mis en place est auto fertile et ne nécessite en principe plus l’apport de compost, si ce n’est un léger saupoudrage de temps à autre pour redynamiser la vie du sol.
Le compost n’est donc en principe presque plus nécessaire. Il sert essentiellement au repiquage de plants, comme les fraisiers, aux semis…
ici, le compost est réalisé en utilisant des poules qui effectuent l’essentiel du travail. Les poules disposent d’un enclos où sont apportés tous les déchets végétaux, verts et ligneux (la couche atteint 2 m de profondeur). Ces déchets, mangés, grattés, émiettés par les poules sont mélangés à leurs fientes et, avec l’aide de nombreux lombrics – qui régalent et motivent les poules – le tout se transforme en compost d’excellente qualité. Celui-ci est récupéré une fois par an, mélangé avec de l’eau en quantité (dans une bétonnière) puis entreposé dans des caissettes plastiques au fond perforé.
L’eau excédentaire peut s’en écouler et les semis/repiquages peuvent être réalisés.

JPEG - 588.1 ko
le tunnel de poules

Outre cet enclos, les poules disposent d’un espace abrité et dont le sol est couvert de paille pour dormir, pondre… Cet espace communique avec un réseau de « chemins » couverts de grillages, qui circule entre les différents espaces de culture et où circulent les poules pour trouver des compléments de nourriture et pour débarrasser l’espace des limaces et autres vermines.

Un tracteur à poules permet d’isoler quelques poules, de les emmener dans certains endroits stratégiques où elles peuvent être utiles, par exemple pour désherber, enrichir le sol...

* La forêt comestible ou le jardin forêt

Dans une partie de l’exploitation, les légumes sont associés aux petits fruits ainsi qu’aux arbres. On se rapproche alors le plus des écosystèmes qui s’installent naturellement sous nos climat et persistent dans le temps, dans un état d’équilibre dynamique : la forêt mélangée.
Tout l’espace est occupé, que ce soit à l’air libre ou sous le sol.

JPEG - 578 ko
la forêt comestible
JPEG - 552.7 ko
les cultures associées

Et plus globalement : un projet bien plus large, basé sur le don

Plukrijp, ce n’est pas une exploitation comme les autres. Malgré une superficie d’1,5 ha, cultivée en maraîchage et la possibilité de nourrir près de 1000 personnes, rien n’est vendu !
L’exploitation fonctionne sous forme d’asbl. Les membres qui le souhaitent participent aux différents travaux de saison et repartent avec les légumes dont ils ont besoin. Les plants excédentaires, les boutures… sont donnés au terme de journées de « travail » collectif. Une partie des légumes produits sert aussi à alimenter différents festivals, comme le Festival de Permaculture à Néthen en été 2010. Par ailleurs, des échanges de surplus ont également lieu avec différents grossistes.

Mais Plukrijp, c’est surtout un lieu de vie, d’accueil où passent les uns et les autres, pour des moments variables. Le jardin sert aussi à nourrir et faire vivre toute cette petite communauté.
A Plukrijp, on expérimente une autre façon de vivre ensemble, mais aussi de nouvelles façons de produire et de cultiver. Le projet est global et ne se limite pas à la production maraîchère. Pour devenir membre de l’asbl, il suffit de payer 1 euro, ce qui donne droit à participer aux différentes activités proposées par l’asbl.

* Le rocket stove

* Le séchoir solaire

Un grand séchoir solaire est en cours de fabrication. Il permettra de sécher et donc, conserver, les herbes, fleurs... récoltées au potager.

* L’atelier couture

De nombreux vêtements reçus sont à donner, sans trouver acquéreur. Un atelier de recréation de vêtements se met sur pied.

 
 
 

Articles de cette rubrique

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Grez en Transition Dernière modification 19 mars 2017 Plan du site